Consultoría Estratégica
Cooperación automovilística España-Marruecos: un socio estratégico bajo vigilancia
Le gouvernement espagnol a adressé un message à double tranchant à l’écosystème automobile nord-africain. Dans une réponse officielle datée du 17 juin 2026 adressée à trois députés du parti Vox, l’exécutif de Pedro Sánchez a affirmé que le Maroc « n’est pas un rival structurel de l’UE », mais un partenaire dont « l’amélioration de la compétitivité est une opportunité pour renforcer les relations économiques et institutionnelles ». Cependant, cette même déclaration, rapportée par le média marocain Médias24, fixe des conditions claires : protéger l’emploi espagnol, consolider l’écosystème industriel national et garantir « des règles de concurrence équilibrées ». Derrière la courtoisie diplomatique émerge une tension stratégique que tout investisseur dans la région doit décrypter : Madrid a besoin du Maroc comme partenaire dans la chaîne de valeur du véhicule électrique, mais n’est pas disposé à ce que la croissance marocaine se traduise par des délocalisations industrielles. Les dernières données de production espagnole — une baisse de 4,3 % en 2025, à 2,27 millions de véhicules, selon l’ANFAC — font de cette vigilance une priorité politique.
Production espagnole en déclin : le contexte qui conditionne la coopération
L’industrie automobile espagnole, deuxième productrice d’Europe derrière l’Allemagne, traverse une phase de contraction qui marque tout discours de coopération. Selon les données de l’Association espagnole des fabricants d’automobiles et de camions (ANFAC), la production a chuté de 4,3 % en 2025, s’établissant à 2,27 millions de véhicules. La tendance ne s’est pas inversée en 2026 : en mai, la fabrication a encore baissé de 4 % sur un an, à 211 642 unités.
Ces chiffres ne sont pas un accident conjoncturel. Ils résultent d’une combinaison de facteurs structurels : la lente transition vers le véhicule électrique, la demande européenne irrégulière — freinée par l’incertitude réglementaire et l’inflation — et la concurrence croissante de pays aux coûts salariaux plus bas et aux politiques industrielles agressives. Dans ce contexte, toute croissance de la production marocaine — qui a dépassé pour la première fois le demi-million de véhicules en 2025, selon les données du secteur — est observée à la loupe depuis Madrid.
La réponse du gouvernement espagnol à Vox n’est donc pas un geste isolé. C’est la traduction politique d’une réalité industrielle : lorsque la production nationale baisse, la protection de l’emploi et de l’écosystème manufacturier devient un impératif électoral et économique. Le Maroc, de par sa proximité géographique, ses accords commerciaux avec l’UE et sa compétitivité croissante, est le voisin le plus susceptible d’être perçu comme une menace.
Le Maroc n’est ni la Chine ni les États-Unis : la différenciation clé
L’un des passages les plus révélateurs de la réponse gouvernementale est la distinction explicite entre le Maroc et les autres concurrents mondiaux. Alors que Washington et Pékin sont qualifiés de « concurrents systémiques » appliquant des politiques protectionnistes et de subventions massives — comme l’Inflation Reduction Act américaine ou les incitations chinoises à l’électrification —, Rabat est traité comme un « partenaire » dont l’intégration dans la chaîne de valeur européenne est souhaitable.
Cette différenciation répond à la logique du nearshoring impulsée par Bruxelles : rapprocher la production de composants stratégiques des frontières de l’UE, réduisant ainsi la dépendance vis-à-vis de l’Asie. Le Maroc s’inscrit parfaitement dans ce modèle : il dispose d’accords de libre-échange avec l’Union, d’une main-d’œuvre qualifiée aux coûts salariaux inférieurs à ceux de l’Espagne et d’une situation géographique permettant des chaînes logistiques rapides.
Cependant, la même réponse gouvernementale introduit des conditions qui nuancent cette coopération. Le gouvernement espagnol exige de « protéger l’emploi » et de « consolider l’écosystème industriel espagnol », ce qui implique que l’intégration marocaine ne peut se faire au prix du démantèlement d’usines dans la Péninsule. Pour les investisseurs, le message est clair : la collaboration sera bienvenue, mais dans le cadre de règles du jeu évitant les délocalisations massives.
La transition vers le véhicule électrique : le véritable champ de bataille
Le véritable scénario où se jouera cette dualité stratégique est l’électrification. L’automobile espagnole est engagée dans une transformation coûteuse et pleine d’incertitudes. Les usines de Ford à Almussafes, Stellantis à Vigo ou Volkswagen à Pampelune reconvertissent leurs lignes de production pour les véhicules électriques, avec des investissements colossaux qui dépendent de la demande européenne et des fonds du Perte VEC.
Le Maroc, de son côté, a misé fortement sur l’électrification. Il compte des usines de batteries — comme celle de Gotion High-Tech à Kénitra, avec un investissement de 6,4 milliards d’euros — et a attiré des constructeurs comme Renault, qui produit à Tanger le modèle électrique Dacia Spring, l’un des plus vendus en Europe. La question est de savoir si l’Espagne et le Maroc seront en concurrence ou se compléteront dans cette nouvelle chaîne de valeur.
La réponse du gouvernement espagnol suggère un pari sur la complémentarité, mais avec des conditions. Madrid souhaite que le Maroc s’intègre comme fournisseur de composants et de sous-ensembles, et non comme producteur final en concurrence directe avec les usines espagnoles. Pour cela, il exigera des règles d’origine strictes, des exigences de contenu local et des mécanismes de sauvegarde empêchant que le nearshoring ne devienne un offshoring déguisé.
Implications pour les investisseurs : naviguer dans des eaux à double courant
Pour les investisseurs et les entreprises opérant sur l’axe hispano-marocain, cette dualité a des conséquences pratiques. D’un côté, la coopération institutionnelle continuera de faciliter l’intégration industrielle : les accords douaniers, les investissements dans les infrastructures logistiques — comme le port de Tanger Med — et les programmes de formation conjoints progresseront. Le Maroc restera une destination attractive pour la fabrication de composants et de véhicules destinés au marché européen.
Mais, d’un autre côté, il faudra anticiper des barrières non tarifaires et des exigences réglementaires croissantes. Le gouvernement espagnol fera pression à Bruxelles pour que les règles d’origine de l’accord UE-Maroc soient plus strictes, en particulier dans des secteurs stratégiques comme les batteries et les moteurs électriques. Il est également probable que des certifications de contenu local et des normes sociales et environnementales soient exigées, augmentant les coûts de production marocains.
De plus, la vigilance politique sur les délocalisations ne disparaîtra pas. Toute annonce de fermeture d’une usine espagnole et d’ouverture simultanée au Maroc générera un examen médiatique et parlementaire intense. Les entreprises devront gérer cette perception avec soin, en communiquant sur la complémentarité de leurs opérations et en évitant les titres qui alimentent le récit de la « concurrence déloyale ».
Perspective d’avenir : un écosystème en rééquilibrage
La relation automobile entre l’Espagne et le Maroc n’est ni linéaire ni unidirectionnelle. Il ne s’agit pas d’un simple transfert de production du nord vers le sud, mais d’une reconfiguration complexe où les deux pays cherchent leur place dans la chaîne de valeur mondiale du véhicule électrique. L’Espagne veut conserver son rôle de hub d’assemblage et de conception, tandis que le Maroc aspire à passer de la fabrication de composants à la production de véhicules complets.
La réponse du gouvernement espagnol à Vox est un thermomètre de cette tension. Elle montre que Madrid est conscient de ne pas pouvoir rivaliser avec les coûts marocains, mais qu’il ne veut pas non plus perdre son tissu industriel. La solution passera par une intégration régulée, où le Maroc gagnera en poids comme partenaire, mais à condition de protéger l’emploi et l’investissement espagnols.
Pour les investisseurs, le message est clair : l’avenir du secteur sur l’axe hispano-marocain ne sera pas une concurrence ouverte, mais une coopération surveillée. Ceux qui sauront lire cette dualité et anticiper les règles du jeu — investissements dans l’électrification, respect des exigences d’origine, communication politique prudente — seront les mieux placés pour saisir les opportunités d’un écosystème en plein rééquilibrage. Le Maroc n’est pas une menace, mais il n’est pas non plus un partenaire sans conditions. Il est, tout simplement, le reflet d’une industrie mondiale en quête de son nouvel équilibre.